Sabine : une vie comme une autre

J’ai longtemps cru vivre une vie normale. Enfin, normale vue de loin.

Parce qu’au fond de moi, il y avait une pièce impossible à placer. Pas une pièce venue d’ailleurs. Pas une erreur de fabrication. Une pièce à moi, mais qui ne s’insérait jamais correctement dans l’image que j’essayais de construire.

Ni dans mon corps, ni dans mon esprit, ni dans ma vie.

Un rouage comme de travers. Un frottement discret. Un désaccord que je n’arrivais pas à nommer.

Transidentité tardive, questionnement et acceptation

Aujourd’hui, ce désaccord porte peut-être un nom : transidentité.

Je dis “peut-être”, parce que je ne suis pas du genre à accepter une évidence sans lui demander ses papiers d’identité.

Plus j’avance, plus je dois pourtant me rendre à l’évidence : je coche de plus en plus de cases de la transidentité. Je serais donc une personne transgenre. Une femme transgenre même.

Très bien.

Mais qu’est-ce que j’en sais, au fond ?
Comment cela arrive ? Depuis quand ? Est-ce que je l’ai vu venir ?
Est-ce que je suis même d’accord avec cette idée ?

Ce blog est né de ce questionnement de genre.

J’écris parce que certains récits manquent encore : ceux des personnes qui se comprennent tard, parfois à l’âge où l’on pense avoir déjà rangé sa vie dans les bons tiroirs. 

Une vie dont dont il reste pourtant un tiroir qui ”coince” . Un tiroir avec d’autres récits

Les récits de personnes transgenres seniors.
Les récits de transidentité tardive.
Les récits de parcours construits avant les mots, avant les modèles, avant les cartes, avant même Internet

J’ai grandi sans langage clair pour comprendre ce qui se jouait en moi. Alors j’ai avancé. J’ai fait comme il fallait. J’ai tenu les rôles. J’ai vécu, aimé, construit, caché parfois, souvent, menti aussi — beaucoup — à moi-même d’abord, et donc aux autres forcément — pardon

Une histoire personnelle, pas un parcours type

Je ne raconte pas mon histoire pour donner un modèle.

Je ne sais même pas s’il existe un parcours transgenre type. Une bonne façon de comprendre. Une bonne manière d’avancer. Une bonne méthode pour réussir son acceptation de soi comme on réussirait un meuble en kit.

Spoiler : il manque toujours une vis.

Je raconte une histoire.

La mienne.

Pour tenter de distinguer, dans les interstices de ma vie, ce qui s’est passé. Comment cela s’est passé. Et comment j’en suis arrivée là.

Ce blog rassemble mes réflexions sur la transidentité, l’identité de genre, le questionnement, l’acceptation, le corps, le temps, les souvenirs, les mensonges de survie, les élans retenus, les dégâts parfois, mais aussi la douceur, la joie et cette drôle d’espérance qui revient quand la vérité insiste.

J’écris pour réparer ce qui peut l’être. Pour ne plus laisser le silence parler à ma place.
Et peut-être pour que quelqu’un, quelque part, se sente un peu moins seule.

Les vies “normales” ont parfois des doubles fonds.

La mienne également.

Et c’est là que Sabine apparaît.

Sabine debout sur le seuil d’une porte-fenêtre, en robe blanche rayée bleu, regard tournée vers la lumière, image illustrant un parcours de transidentité tardive, de questionnement de genre et d’acceptation de soi.
Une vie comme une autre. Et pourtant, dans ses interstices, Sabine apparaît.