“4ème de couve”

Cette “4ème de couve” ouvre mon blog comme on ouvre un livre : par l’arrière, par les marges, par ce qui ne rentrait pas dans l’image officielle. J’y parle de transidentité tardive, de questionnement de genre, d’acceptation de soi et de cette pièce intime qui, longtemps, n’a jamais trouvé sa place.

…Si certains se sont longtemps couchés de bonne heure, moi j’ai longtemps cru vivre une vie normale.

Enfin, une vie qui, vue de loin, ressemblait à une image cohérente.

Une enfance.
Une famille.
L ecole, le travail, mon foyer;
Des rôles à tenir… la vie 

Comme un puzzle que l’on assemble patiemment, pièce après pièce, en se fiant au modèle imprimé sur la boîte.

Transidentité tardive : la pièce qui ne rentrait pas

Et puis il y a cette pièce.

Pas une pièce venue d’ailleurs.
Pas une erreur.
Pas un morceau d’un autre jeu.

Une pièce à moi. 

Elle a l’air de devoir aller quelque part. Elle porte les mêmes couleurs, la même lumière, les mêmes ombres. Elle semble appartenir à l’ensemble.

Et pourtant, impossible de la placer.

Je tourne la pièce.
Je force un peu.
Je la mets de côté.
Je reprends plus tard.

Rien à faire.

Elle ne rentre jamais vraiment dans l’image qu’on m’a donnée à construire.

Alors longtemps, je continue sans elle.

Le puzzle tient debout.
L’image est presque complète.
Vue de loin, elle ressemble à une vie normale.

Mais moi, je sais qu’il reste cette pièce. Des que je veux la poser c’est toute la composition quis’en trouve modifiée.

Questionnement de genre : pas maintenant, pas encore ?

Parfois, pourtant, je reprends cette pièce entre mes doigts.

Je la regarde de plus près.

Et il me semble y voir quelque chose.

Pas une réponse définitive.
Pas une vérité tombée du ciel.
Pas une étiquette à coller sur mon front pour que tout le monde comprenne plus vite.

Juste une forme.
Une inscription presque effacée, ou qui se révèle.
Quelque chose que je n’avais peut-être jamais voulu lire.

Un prénom : Sabine.

Et un mot : transidentité.

Alors je repose la pièce.

Pas parce qu’elle est fausse.
Pas parce qu’elle ne m’appartient pas.
Mais parce que la poser vraiment m’obligerait à regarder toute l’image autrement.

Et peut-être qu’un jour, il faut se poser la vraie question :

Et si ce n’était pas la pièce qui était le problème ?

Et si c’était l’image sur la boîte ?

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2 réflexions au sujet de ““4ème de couve””

  1. Bonsoir Sabine,

    C’est vraiment très beau, ta « 4eme de couv ». Ton image de la pièce de puzzle est très forte, très marquante. Tu as trouvé les mots parfaits pour parler de toi et de nos vies semblables. De ce qui ne va pas en elles, et qui ne vient pas de nous, contrairement à ce qu’on veut souvent faire croire. Nous aurions un problème. Oui : c’est le monde, notre problème. Du moins tel qu’il est.
    Et bravo pour ce blog.
    C’est un riche projet. Qui veut décrire, questionner, explorer, comprendre et accepter de ne pas comprendre.
    Avec tous mes encouragements.

    Alicia

    Répondre
    • Alicia,

      Merci beaucoup pour tes mots. Ils me touchent profondément.

      Je crois que tu as très bien compris ce que j’essaie de faire avec cette « 4ème de couv » : ne pas seulement parler de moi, mais ouvrir une porte sur quelque chose de plus large. Cette pièce de puzzle, c’est peut-être cela aussi : une part de nous que l’on a longtemps crue mal placée, alors qu’elle révèle surtout que l’image imposée autour d’elle ne disait pas toute la vérité.

      Et oui, je te rejoins : le problème ne vient pas de nous. Il vient souvent du monde tel qu’il est construit, de ses cases, de ses évidences, de ses violences parfois très ordinaires.

      Ce blog est encore jeune, mais j’ai envie qu’il reste exactement dans cet esprit : raconter, questionner, chercher, douter, comprendre parfois, accepter de ne pas tout comprendre aussi.

      Merci pour ta lecture, ta sensibilité et tes encouragements. Ils comptent beaucoup.

      Sabine

      ps : un nouvel article est en ligne https://sabine.bigbadaboum.fr/medical-stress-transidentite/

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